Jérusalem

Barbara a accepté de nous parler de sa vie à Jérusalem.

J’ai un peu triché, parce qu’en fait, elle vit maintenant au Japon (j’ai bien l’intention de la bombarder de questions à ce sujet d’ailleurs) mais lorsqu’elle vivait encore en Israël j’avais eu une petite conversation avec elle, et chacun de ses mots transpirent son attachement à la vie qu’elle a menée là bas.
Quand je lui ai proposé de participer au blog pour le Japon, elle m’en a reparlé, et honnêtement, je ne me voyais pas l’interviewer sur autre chose que l’Israël dans un premier temps. Et puis je sais être altruiste, j’ai bien vu que ça lui manquait haha.

J’ai rencontré Barbara à l’école de musique de Saint-Louis city. Elle faisait du piano, tout comme moi, mais dans une classe différente. (D’ailleurs, il y avait une photo d’elle sur un tableau dans sa salle de cours, où elle tenait debout sur deux immenses poteaux avec un sourire qui faisait trois fois le tour de son visage, un peu inutile, mais j’avais envie de vous donner une image sympa)

C’est le genre de personnes qui fait deux millions de choses à la fois. Je suis impressionnée par l’investissement qu’elle met dans ses expatriations, elle apprend à écrire et parler, elle fait milles excursions et elle n’hésite jamais à se mélanger à la population locale. Rien d’étonnant à ça, puisque, comme vous allez pouvoir le lire, c’est une artiste, et qui dit artiste, dit grande créativité et beaucoup de ressources.

Si vous pensez tout savoir sur l’Israël, vous avez tord. De toute manière, toute personne qui pense tout savoir, ne sait rien du tout. (Légèrement inspiré de Socrate, j’avoue)



Carte d’identité

Habitants : 829 000 (36%  de Palestiniens)

Langue : Hébreu et Arabe

Superficie : 125,1 km2

Nombre de quartier : 18 dont 4 dans la vieille ville.

Monnaie : Shekel (1Shekel = 0,23 euros)

Nombre de sites inscrits au patrimoine de l’Unesco : Techniquement : 1 mais il concerne toute la ville :

« Ville sainte du judaïsme, du christianisme et de l’islam, Jérusalem a toujours eu une valeur symbolique. Parmi ses 220 monuments historiques, se détache le formidable Dôme du Rocher, construit au VIIe siècle et décoré de beaux motifs géométriques et floraux. Il est reconnu par les trois religions comme le lieu du sacrifice d’Abraham. Le mur des Lamentations sert de limite aux quartiers des différentes communautés religieuses, tandis que la Rotonde de la Résurrection abrite le tombeau du Christ. »

— UNESCO



 

L’Israël est rarement la première idée de vacances des touristes lambda, et encore moins la première idée pour une expatriation. Qu’est ce qui a motivé ton choix ?

En troisième année, frustrée de l’enseignement reçu à Nancy mais voulant quand même finir ma scolarité avec un master, je m’étais fixée comme condition de partir pour un échange international de deux semestres. Comme les Erasmus sont en général destinés à un seul semestre et que l’Europe de toute manière ça me semblait beaucoup trop près, j’ai regardé après les échanges « grande distance » que mon école propose et j’avais le choix entre trois école : l’université de Buenos Aires, l’école d’art de Kanazawa et celle de Jérusalem. J’ai décidé de choisir l’école qui m’inspirait le plus en regardant le travail des étudiants et c’est Jérusalem qui a gagné.

 C’était comment les études là bas ? Le système scolaire est le même ou pas du tout ?

J’ai passé une année excellente en terme d’études. Contrairement aux écoles d’art en France, les écoles d’art en Israël comptent beaucoup plus de départements (en France c’est max 2-3). A  Bezalel on en compte au total 9 : Histoire de l’art, Arts Plastiques, Architecture, Photographie, Arts Vidéos, Design graphique, Design industriel, Design de mode et de bijoux, Design céramique et verre. Les concours d’entrée sont extrêmement difficiles, les frais de scolarité très élevés et l’autre différence est qu’il n’existe pas d’année propédeutique (la première année où l’ont fait un peu de tout) comme en France. Quand on entre à Bezalel, on postule pour un seul département. La licence se répartit sur quatre ans, la première année étant une année d’enseignements techniques. La première année est comparable à la première année de médecine en France. Les étudiants sont à l’école non-stop, ils n’ont quasiment aucune vie sociale en dehors de l’école et passent leurs temps à bosser, bosser et bosser. Les classes comptent dans les 40 élèves environs et du coup il y a toujours une super ambiance de boulot. J’ai été vraiment très productive durant l’année passée à Jérusalem alors que je sortais et que je voyageais beaucoup.

Tu as étudié à l’école des Beaux-arts de Bezalel, tu peux nous en dire plus sur l’art Israélien ?

Je ne saurais pas trop comment répondre à cette question. J’étais dans le département de design industriel et si je peux comparer celui-ci à l’enseignement que j’ai eu en France c’est que même si leurs travaux sont destinés à une production industrielle, j’ai eu l’impression qu’ils se font beaucoup plus plaisir et qu’ils ont des projets qui sont cohérents car ils sont à la fois fonctionnels et poétiques. En école d’art en France on est beaucoup orientés vers le design conceptuel qui pour le coup n’a vraiment rien à voir. La conception industrielle en France est très mal perçue. Pour ce qui est de l’art je dirais qu’il est très similaire à celui qu’on a dans les pays occidentaux. Très ouvert d’esprit et très conceptuel.

Je crois que tu as vécu pendant presque un an en Israël, c’est quoi le premier truc qui t’as frappée quand tu es arrivée ?

Mon arrivée en Israël était très drôle. Je n’étais pas au courant mais j’ai pris l’avion un jour férié, du coup à mon arrivée à l’aéroport de Tel Aviv je pensais naïvement prendre un train ou un bus pour Tel Aviv sauf qu’il n’y avait absolument aucun transport en commun à part des taxis. Du coup j’ai partagé un taxi avec un allemand, le taximan m’a déposé dans le quartier où j’étais censée me rendre (il ne trouvait pas l’adresse exacte) sauf que sans téléphone, sans plans, dans une ville déserte où tout était écrit en hébreu s’était très difficile de me retrouver. Heureusement j’ai croisé deux femmes qui ont appelé mon « couch-offreurs » (je ne sais pas comment on pourrait appeler cela) qui est passé me chercher.

Du coup si je peux conseiller quelque chose, ne pas choisir jours de fêtes ou shabbat pour arriver en Israël.

Les démarches étaient compliquées ? Tu y es allée un peu les mains dans les poches ou il y a des choses à emporter absolument ?

Il faut un Visa quand on part plus de 3 mois, sinon pas besoin de visa pour la plupart des européens. Si vous avez prévu de partir pour une bonne durée, prévoir le logement avant. Je suis partie complètement les mains dans les poches, j’ai fais du couchsurfing pendant un mois (mes couch-offreurs étaient trop sympas) car j’ai eu des difficultés pour trouver un logement à Jérusalem. C’est une ville qui a très peu de logements pour le nombre d’habitants et les places en colocations sont difficiles à obtenir. Je me suis précipitée sur une colocation alors que je n’aurais pas dû, ça s’est très mal passé et j’étais bloquée dans un contrat de location donc aucun moyen pour déménager.

L’histoire de Jérusalem est vraiment compliquée et nous n’iront pas la raconter ici parce qu’on y serait encore demain, mais qu’est ce que tu retiens de ce mix des religions ?

C’est une ville où l’on ne s’ennuie jamais. Il y a toujours quelque chose à visiter, à faire. Des quartiers sont vivants tandis que d’autres sont déserts, il y a une richesse incroyable que ce soit culinaire, sociale, historique..

Qu’est ce que tu as ressenti la première fois que tu as vu le mur des lamentations ?

Comme je l’ai dit plus tôt je suis arrivée en période de fête, plus précisément en plein nouvel an juif. La première fois où je suis allée au mur des lamentations c’était bondé de gens. C’était vraiment impressionnant, tout ces juifs orthodoxes en Schtreimel qui se balancent pendant leur prière… Sinon les autres jours de l’année c’est beaucoup moins bondé.

Est ce qu’il y a des règles culturelles à respecter absolument pour ne pas froisser ses hôtes ?

Avec les Israéliens dans les quartiers modernes pas vraiment, mais dans les quartiers ultra-orthodoxes comme Mea Shearim à Jérusalem, jupe longue, coudes et épaules couvertes pour les femmes sont de rigueur et pantalon long pour les hommes.  Si vous allez dans certaines villes en Palestine (notamment à Naplouse et les villes du nord), jupe longue et épaules couvertes pour les femmes. Il en est de même pour entrer dans n’importe quel lieu de culte (église, synagogue ou mosquée où la femme devra en générale se couvrir la tête)

Sinon chez les arabes essayez de ne pas refuser quand ils vous invitent à boire un café, un thé ou à manger.

Comme d’habitude, c’est la nourriture qui m’intéresse presque le plus, alors je te laisse le libre choix de décrire le meilleur plat typique que tu ais mangé en Israël.

Aaaaah la nourriture… sans doute ce qu’il me manque le plus ! Tahina (pâte de sésame), Hummus, aubergine au four avec de l’huile d’olie et de l’ail, falafels, les jus de grenade, les fruits et les légumes en générale (de super qualité, pas chers et un choix de fou), fromage de brebis et de chèvre (genre feta etc.).

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Je suis trop fan de humus, je vous conseille le site www.cestmafournee.com (moi j’enlève la coriandre quand même)

J’ai un ami, Rami (c’est son surnom sinon il s’appelle Islaam) à Jérusalem-Est qui travaille sur le marché où il fait des jus de fruits et des cafés. J’allais souvent le voir, initialement juste pour boire un jus d’orange, et on finissait souvent par passer l’après midi assis autour de sa table, à manger un bon plat en regardant les passants. C’est un cuisinier hors paire… Je crois que ce qu’il faisait le mieux c’était le foie (d’agneau sans doute ?) au four avec des oignons, de l’ail et de l’huile d’olive, tout ça accompagné du meilleur hummus de Jérusalem (à acheter à coté de la porte de Damascus), du pain pita de l’épicerie de son cousin et de quelques tomates et concombres frais… MIAM !

(ndlr : si ça, ça vous donne pas envie d’y aller, franchement, rien ne vous donnera plus jamais envie)

Quelque chose m’a frappé dans tes publications, c’est la vie nocturne, d’instinct je n’aurai pas utilisé le mot fêtard pour définir cette ville. C’était juste toi, ou la jeunesse israélienne bouge pas mal ?

Je t’avoue que je ne m’y attendais pas du tout en arrivant à Jérusalem non plus. En faite Jérusalem a 4 lieux/rues où ça bouge beaucoup. Tu as le marché Mahane Yehuda où à la fermeture des stands de nourriture, légumes, fruits seuls les bars, restaurants et cafés restent ouverts.

Ensuite il y a un petit quartier où se trouvent de supers bars comme l’Uganda (où se retrouvent notamment les étudiants en graphisme), le Hakaseta, le Radio et surtout le Vidéo, seule bar Gay de Jerusalem, c’est un quartier fréquenté principalement par les étudiants de l’école d’art et où tu pourras manger aussi les meilleures frites belges au monde recouverte avec du beurre de cacahouètes fondu ou de la mayonnaise au basilic. Ensuite il y a une rue avec surtout des bars à shisha et à bière mais où vont principalement les étrangers (surtout les américains) et pour finir le Ben Sira, un bar où il y a toujours de la musique et un petit dance floor pour se lâcher (et surtout pas loin un autre hummus excellent). Les Israéliens savent vivre et faire la fête.

Hé au fait ! On boit quoi comme alcool local ?

Arak ! (Une sorte de pastis que l’on boit en shot, idéalement très très froid, ou avec du jus de pamplemousse) et de la bière locale qui est très bonne (il y a même la Taybeh, seule et unique bière palestinienne de Ramallah, un délice !)

Je sais que j’ai déjà posé cette question dans l’article pour la Suède, mais là ça m’intrigue encore plus. On fait comment pour faire ses courses quand on ne parle, ni hébreu, ni arabe ?

Au supermarché on déchiffre et on prend à l’intuition. Sinon on va au marché, surtout pour ce qui est fruits, légumes, viande (ça coûte moins cher et c’est souvent de meilleur qualité)

Au marché on peut se débrouiller en anglais mais savoir un peu d’hébreu ou d’arabe aide souvent à avoir des prix réduits.

D’ailleurs, ça coûte combien de vivre à Jérusalem ?

La vie est assez chère, une chambre en colocation environ 500 euros (un peu comme Paris), un restaurant 13-14 euros (ne pas oublier les 11 % de pourboires qui sont en réalité la paye des serveurs), acheter des légumes et des fruits : 20 euros pour deux sacs remplis, la viande est aussi chère qu’en France mais on peut acheter du mouton, de la viande hachée pour pas très cher au marché arabe. Une bière 5-6 euros sinon c’est deux pour le prix d’une en happy-hour.

C’est vrai qu’il y a des chats partout ? (Je te pose cette question avec des cœurs pleins les yeux, si tu veux l’image)

Oui, les chats ici c’est comme les rats à Paris. Ça grouille de partout et dans les poubelles surtout. Et il y en a des biens crades et putrides, on avait un chat près de chez une copine c’était le Chat-zombie du quartier, je dois en avoir une photo quelque part je crois.

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Photo par Barbara.

J’ai bien l’impression que tu as fait du camping sauvage, alors tes conseils ?

Etre bien équipé ! Un bon sac de couchage bien chaud, de l’anti-moustique et un matelas mais au final ça dépend de où tu en fait. C’est un super pays pour dormir à la belle étoile en tout cas, notamment dans les alentours du lac de Tibériade.

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@Barbara

La proximité avec la Syrie rend le voyage compliqué actuellement ?

Pas plus que ça.  Il y a un no-mans land de plusieurs km entre la Syrie et Israël. La région qui est à proximité de la frontière Syrienne est d’ailleurs une de celles où il y a le plus de bases militaires. Des amis ont voyagé le long de la frontière et ont entendus des tirs qui devaient provenir de la ville la plus proche, j’ai été dans le même coin avec ma mère mais nous on a rien entendu.

On circule facilement dans le pays ? Tu as déjà pris la voiture ? Comment sont les routes ?

C’est ultra-facile. Les bus ne sont pas chers du tout, durant Shabbat on prend le sherut (minibus qui part une fois plein) où on fait du stop (c’est super courant, tout le monde en fait et c’est très facile d’en faire. On a fait plus de 400 bornes avec un pote et j’en ai même fait avec ma mère). J’ai loué une voiture à plusieurs reprises pour voyager et c’est vraiment facile de conduire en Israël. Ils conduisent un peu vite et il faut être réactif (surtout à Jerusalem) mais ce n’est pas pire que Paris.

L’expression arabe ou hébraïque que tu mets à toutes les sauces ?

En arabe « Yallah » qui veut dire « c’est partit »

En Hébreu « Sababa » qui veut dire « ok/ ça va bien »

Quand quelqu’un éternue j’ai encore tendance à dire « Labriut » je ne sais pas pourquoi…

Une excursion depuis Jérusalem à faire absolument ? Je sais que tu n’arriveras pas à choisir, tu peux en donner plusieurs.

La mer morte, accessible facilement en bus à relier avec le parc naturel de Ein Gedhi pour une superbe randonnée le long de chutes d’eau.

Hebron pour voir la réalité de la situation du pays. Je recommande de faire cette excursion avec l’association Breaking The Silence.

Une dernière chose que tu aimerais partager avec nous ?

Partir sans apriori et avec une grande ouverture d’esprit. La situation politique, sociale et économique du pays est extrêmement compliquée et nous la regardons trop souvent avec nos yeux européens sans prendre en compte le contexte réel. N’oublions pas que les gens (je parle des deux pays) qui y vivent y vivent avec la situation au quotidien et que la majorité ont envie que la situation se résolve pour qu’ils puissent tous vivre en paix et en harmonie.

Comme partout ailleurs il y a des cons et des gens sympas et souvent quand on reste dans les traces touristiques on rencontre souvent les cons.. ne pas hésiter à sortir des sentiers battus pour rencontrer des gens biens et généreux. Aller dans les bars que fréquentent les jeunes, les artistes…

 

Les bonnes adresses de Barbara 

 

Bars

Le Hakaseta dans Heleni Ha-Malka Street. Mini-bar très convivial avec souvent des dj qui mixent avec à proximité pleins d’autres bars super sympas.

Restaurants

Ets Café ou le restaurant à sa droite (avec un grand arbre peint à l’intérieur) dans Yanai Street.

Le Hummus sur Ha-Nevi’im street (en hébreu) / Sultan Soleiman Street (en arabe) , juste avant le rond point de Damascus Gate. Boutique avec une enseigne Kaki. Ils ont de supers falafels aussi.

Un musée

Yad Vashem,l’architecture du lieu est incroyablement bien faite pour le contenu qu’elle présente,

Je n’en dis pas plus !

 

Moi je vous donne un indice tout de même. 

spoiler

 

Une galerie

L’école d’art de Bezalel au mois de juillet pendant l’exposition de fin d’année

Un lieu de culte magnifique

Le Saint Sépulcre dans la vieille ville de Jerusalem.



 

On va finir avec quelques images. J’espère que vous avez apprécié cette découverte ou redécouverte pour certains d’entre vous.
Si vous voulez suivre Barbara dans ses aventures son blog est ici. Il est beau, clair et elle fait toujours quelque chose de nouveau.

 

 

 

 

 

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4 commentaires sur « Jérusalem »

  1. Ce voyage à Jérusalem me fait rêvé, vraiment 😉 Je pense que Barbara est une personne extraordinaire ou Jérusalem…. ou les 2, mais oui j’ai vraiment envie de découvrir cette ville…. lorsqu’il auront terminé de s’entretuer 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, je me dis tout les jours que j’aurai du y aller quand c’était encore possible. Mais j’ai bon espoir que ça revienne un jour. En attendant, Etats Unis et Afrique du Sud au programme, ils ont encore le temps de régler leurs conflits 🙂

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