Haïti / Port-au-Prince

D. nous parle de la vie à Port-au-Prince. D’actualité et follement passionnant. Venez lire !

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Grâce à Karine, j’ai pu avoir le contact de D. qui vit en Haïti depuis octobre. Son témoignage est totalement exceptionnel, il m’a complètement passionnée et j’espère qu’il vous ferra le même effet (je ne vois pas comment il pourrait en être autrement). Elle m’a tout de suite dit qu’elle avait une vie assez protégée là bas, et qu’elle n’était pas sûre de pouvoir apporter des réponses de qualité vu sa situation. Je trouve que c’est tout à fait l’inverse et je ne regrette pas un seul instant d’avoir persévéré 🙂

Merci à toi ! Tes connaissances sont précieuses, et grâce à toi, nous en savons tous beaucoup plus sur Haïti, qui est une île, malgré le tapage médiatique des dernières années, finalement vraiment méconnue.

 

Alors D. , que fais tu à Haïti ? 

J’habite en Haïti depuis octobre dernier. J’y suis car mon mari est venu y travailler avec une organisation internationale.

Depuis 2010, lorsqu’on mentionne Haïti, tout le monde pense au séisme. Quelles sont les cicatrices que tu as pu observer depuis ton arrivée ?

On voit encore toujours quelques bâtiments à demi démolis. Le plus emblématique est l’ancien Palais Présidentiel, en plein centre ville.

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Palais présidentiel selon google image, en 2016.

Beaucoup de ruines sont cachées derrière des palissades. A l’inverse, il y a aussi beaucoup de maisons en construction, certaines construites selon des normes anti-sismiques, d’autres non. Plus de camps de réfugiés, mais certaines personnes ont été relogés dans des constructions nouvelles très loin du centre ville qui ne les satisfont pas. Ou alors ils sont partis dans de nouveaux bidonvilles. Le bilan est donc mitigé. Quant aux cicatrices psychologiques, elles ne s’effaceront pas de sitôt. Chacun a perdu un ou plusieurs proches et/ou des amis lors de « goudou-goudou » comme on l’appelle (c’est le bruit que le sol a fait en tremblant…)

Tu as déjà abordé la situation politique en Haïti. Est ce que tu serais capable de tout m’expliquer ? Parce que par ici, c’est assez compliqué de démêler le vrai du faux. 

Alors tout t’expliquer, certainement pas!

Les choses changent de jour en jour, d’heure en heure même… Haïti vit en ce moment une situation politique très chaotique. Le mandat du président actuel prend fin le 7 février (Ndlr : donc à l’heure où j’écris cette phrase)..

Il y a eu récemment pour le remplacer ainsi que pour renouveler les députés, sénateurs et maires des élections. D’abord en août, et ça ne s’est pas très bien passé (violences, intimidations, fraudes). Ensuite fin octobre dernier (2ème tour pour députés et sénateurs, 1er tour des présidentielles). Il y avait 54 candidats à la présidentielle ! Cette fois c’était plus calme et le taux de participation a été plus élevé. Mais depuis, c’est le chaos. Le candidat arrivé en tête vient du parti du président en place. Il est accusé de fraude. Le candidat arrivé 2ème refuse de se présenter.
Et presque tous les autres candidats (y compris ceux qui n’ont obtenu que quelques pour cents de voix) contestent les résultats et mettent des gens dans la rue (ce qui veut dire parfois paient des gens pour aller dans la rue). Personne ne sait à l’heure actuelle ce qui va vraiment se passer le 8 février. (Ndlr : on tentera une petite mise à jour à la fin de l’article)

Je vois qu’il y a des manifestations prévues du 4 au 7 février, en ce moment donc, c’est dangereux ? Qui proteste contre quoi finalement ? 

Certaines manifestations ressemblent à des défilés de carnaval, avec de la musique, d’autres sont violentes (vitrines brisées, voitures et pneus brûlés, heurts avec la police).
C’est sûr qu’il vaut mieux ne pas se trouver au milieu, la situation peut très vite dégénérer. Les manifestations suivent souvent les mêmes itinéraires, certains habitants excédés ont des milices pour garder leurs quartiers… Certains manifestent car ils veulent un gouvernement de transition (dont on ne sait pas combien de temps il serait en place et qui repousse des élections et un processus réellement démocratique aux calendes grecques, mais permettrait à ceux qui ont perdu les élections de rester dans la course ou d’accéder au pouvoir), d’autres le recomptage des voix du dernier tour des élections, d’autres pour montrer que leur parti a du poids et devra être pris en compte quoi qu’il se passe ensuite, d’autres parce qu’ils ont faim et ont été payés pour le faire. Des écoles ont été brûlées, mais pendant ce temps les enfants de politiciens menant le jeu sont scolarisés aux USA. C’est un jeu politique très cynique, les alliances se font et se défont sans cesse, d’ici que tu mettes tout ça sur ton blog tout aura changé!

Comment tu t’adaptes à la vie Haïtienne ? Je ne peux que supposer que c’était un grand choc culturel ?

J’habitais en Suisse avant alors oui, c’est une grande différence ! Je vis à l’étranger dans des pays différents depuis très longtemps, mais jamais dans les Caraïbes. C’est toujours difficile d’arriver dans un nouveau pays, de s’y faire sa place, de faire des rencontres. Le climat est formidable en ce moment.
Côté santé il y a des précautions à prendre (palu, eau non potable et maintenant zika!). J’espère voyager hors de Port au Prince pour connaître mieux le pays. Mais c’est surtout le climat politique qui rend l’adaptation et les mouvements difficiles: l’incertitude, les passions exacerbées, les manifestations quotidiennes.

A propos de culture, quelles lectures tu conseillerais ? J’ai vraiment envie de tout savoir !

Beaucoup d’auteurs haïtiens sont publiés en France et écrivent en français. Dany Laferrière est sans doute le plus célèbre d’entre eux depuis son élection à l’Académie Française, même s’il vit au Québec. Son livre le plus célèbre est « L’énigme du retour ». Lyonel Trouillot est très prolifique. « La belle amour humaine » est un de ses romans, très beau, mais la liste est trop longue pour tous les énumérer. Sa soeur Evelyne est aussi romancière. Yanick Lahens a reçu le prix Femina en 2014 pour « Bain de lune ». D’autres romancières : Kettly Mars (« Saisons sauvages »), Edwige Danticat, qui écrit en anglais et vit aux USA. Et puis tant d’autres… René Dépestre (« Hadriana dans tous mes rêves »), Frankétienne, (peintre, poète, dramatuge, romancier), Jacques Stephen Alexis…  Sans parler des poètes. Quand on commence à s’intéresser à la littérature haïtienne, c’est tellement riche que c’est un puit sans fond!

Je viens de me plonger un peu dans la culture Haïtienne ces derniers jours d’ailleurs, et je ne sais pas si c’est moi qui suis inculte, mais il me semble qu’elle n’est pas vraiment exportée à l’international, comment tu expliques qu’un pays qui ai autant produit de films et de bons auteurs soit aussi peu reconnu culturellement ?

Pour les films, c’est peut-être une question de distribution… Mais pour la littérature, il y a quand même, je crois, une reconnaissance internationale. René Dépestre a été prix Renaudot 1988, Yanick Lahens déjà citée ci-dessus prix Femina 2014, Trouillot primé plusieurs fois , Laferrière académicien, Rodney St Eloi, poète, élu lui à l’Académie du Québec, c’est quand même beaucoup pour un petit pays.

Ça doit être assez impressionnant de vivre au milieu des ruines. On s’y habitue ? Est ce qu’il y a encore des endroits totalement inaccessibles ?

On ne vit pas au milieu des ruines, mais on vit au milieu du dénuement.
Pour beaucoup de quartiers, pas d’accès à l’eau, aux soins médicaux, coupures de courant incessantes (quand il y a un accès à l’électricité), bidonvilles, tous les enfants ne sont pas scolarisés… Donc ce à quoi on ne s’habitue pas, c’est surtout l’extrême disproportion de niveaux de vie, entre une grande pauvreté d’un côté, et par ailleurs une élite haïtienne et des expatriés étrangers (dont je fais partie, et j’ai honte de le dire) (Ndlr : c’est un débat de plusieurs mois, mais je ne crois pas qu’avoir une existence privilégiée et protégée puisse être une raison d’avoir honte) qui vivent dans de belles maisons surveillées par des gardes armés, au milieu de grands jardins avec piscine et générateurs pour pallier aux coupures de courant… Il n’y a pas ou très peu de classe moyenne.
Quand tu dis inaccessibles, tu veux dire à cause du tremblement de terre? (Ndlr : oui) Si oui, très peu, les bâtiments à demi effondrés mais toujours debout sont entourés de palissades en empêchant l’accès, mais ça ne concerne pas des quartiers entiers, on ne se sent pas entouré de ruines. Si tu parles d’inaccessibles du point de vue sécuritaire, La MINUSTAH, la force armée de l’ONU qui assure la sécurité du pays, a divisé Port-au-Prince en zones vertes, jaunes et rouges, selon le degré de sécurité. Certains trouvent le découpage discutable, mais certaines zones rouges correspondent effectivement à des zones dangereuses.

Haïti bénéficie d’une certaine aide internationale, à ton avis quelle est la meilleure attitude à adopter ? Est ce que tu connais une bonne association avec laquelle s’engager ?

L’aide internationale est un grand débat. Certains ici se plaignent de ce qu’ils considèrent comme la main-mise des « blancs » sur le pays, à travers les programmes d’aide. Ce qui est sûr c’est que l’aide qui s’est déversée sur Haïti après le tremblement de terre n’a pas été bien utilisée, ou pas utilisée au mieux. A cause des problèmes de corruption dans le pays, les ONG n’ont fait confiance à personne, et ne se sont pas appuyées sur les organisations ou les Haïtiens qui travaillaient ici et qui connaissaient bien le pays et ses besoins. Et il y a aussi beaucoup d’organisations religieuses qui ont un agenda qui va bien au-delà de l’assistance désintéressée. Mais la politique ici est si chaotique qu’elle ne permet pas au pays, pour l’instant, d’avoir une économie stable et indépendante se passant de l’aide internationale.

Je ne vais pas recommander une association en particulier, il y en a beaucoup, mais si possible il faut que ce soit une association qui s’appuie sur le terrain et qui soit le plus possible gérée par des Haïtiens, et axée sur des résultats concrets: emplois, éducation, formation, accès à l’eau, aux soins de santé, etc.

Est ce qu’il y a juste un effet dramatique des reportages télévisés, où vraiment faire du tourisme actuellement est compliqué ?

On ne parle d’Haïti, comme de n’importe quel pays d’ailleurs, que quand quelque chose va mal. Un tremblement de terre, un cyclone, une épidémie, des manifestations avec beaucoup de morts… Quand ce n’est pas dramatique ça n’intéresse plus personne. En ce moment, c’est vrai, la situation politique et les manifestations rendent les choses compliquées. Il y a eu des périodes où il y avait beaucoup de kidnappings pour rançons. Il y a dans certains quartiers des guerres de gangs, de trafiquants de drogue (Haïti est un lieu de transit entre la Colombie et les USA). Mais si on fait attention où on va, et surtout si on sort de la capitale, on peut bien sûr faire du tourisme. Après, c’est sûr que c’est plus facile au niveau des infrastructures en place d’aller de l’autre côté de l’île, en République Dominicaine, ou ailleurs dans les Caraïbes, que venir en Haïti. Et il faut savoir aussi que contrairement à ce qu’on peut penser, faire du tourisme n’est pas bon marché en Haïti.

Quelque chose m’a sauté aux yeux dans ton e-mail préliminaire, c’est la mention de la culture vaudou ! Alors là, je reconnais bien volontiers que tu as piqué ma curiosité. C’est aussi passionnant que ce que je pense ?

Oui, c’est vraiment passionnant. Et il ne s’agit pas de piquer des épingles dans des poupées ! La culture vaudou est un syncrétisme entre des traditions et pratiques que les esclaves ont amenées avec eux de leurs pays africains respectifs (Afrique de l’Ouest surtout pour Haïti) et le christianisme. A leur mort, les pratiquants du vaudou parlent de retourner en Guinée, « anba dlo ». Mais certaines divinités rappellent aussi des divinités grecques et romaines, comme Erzulie Freda (parfois représentée comme la vierge Marie), déesse de l’amour dont l’attribut est un coeur,  ou Ogou, une sorte de dieu Mars. Il y a aussi la sirène, Damballah le dieu serpent, les jumeaux Marassa, Legba, le dieu de la croisée des chemins, Baron Samedi (et sa femme Maman Brigitte) esprit de la mort et de la résurrection (il est habillé en tenue de soirée, chapeau haut de forme et lunettes noires).
Les rituels sont extrêmement complexes et le nombre de divinités infini. Mais même pour ceux qui ne sont pas vaudouisants, l’influence du vaudou est partout, dans l’art, l’artisanat, la littérature, certaines expressions, et la vie de tous les jours (culte des ancêtres par ex). Le vaudou fait vraiment partie de la culture. Les seuls à le combattre ici sont les protestants.

Est ce qu’on ressent certaines influences Jamaïcaines, Cubaines, américaines ?

Influences jamaïcaines oui, ne serait-ce qu’à en juger par le nombre de jeunes coiffés de dreads! Cubaines moins je crois, ou je ne suis pas là depuis assez longtemps pour l’avoir senti (dans la musique peut-être?). Les Américains ont une relation longue et compliquée avec Haïti, je ne vais pas me lancer là-dedans c’est un sujet trop chaud. Mais par ex sur le plan concret, l’électricité est du 110V comme aux USA, les gens comptent en dollars et pèsent en livres, et énormément de gens ont de la famille qui habite aux USA et y vont régulièrement. La Floride n’est qu’à quelques centaines de kilomètres.

Je t’avoue ici que je n’ai pas une grande passion pour la cuisine créole. Tu peux m’aider ?

Tout commence par des produits frais excellents: fruits (mangues, ananas, noix de coco, papayes, bananes), avocats gigantesques, poissons et fruits de mer, café, cacao/chocolat, rhum. Le plat de base c’est le « riz national », du riz avec des haricots rouges, très nutritif mais souvent sans viande car les gens n’en ont pas les moyens. La cuisine est plus ou moins pimentée. On trouve aussi des bananes pesées (plantains frites), du ragoût de cabri, du riz djon-djon (coloré/parfumé avec un minuscule champignon noir, le djon-djon), du lambi (le fruit de mer dans une conque) et une salade/condiment typique le pikliz, faite de chou et carottes rapés, oignon, piment et jus de citron.

(Ndlr : WAHOU ! Il se trouve que je n’avais pas testé les bons restaurants, tout ça a l’air terriblement bon, du coup réponse absolument réussie, tu m’as vraiment aidée). 

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Du riz djon djon avec des bananes plantains. Hey ! Ce plat est végétalien 🙂

 

Tu as fêté Noël à Port-au-Prince ? C’était comment les fêtes là bas ?

Je suis rentrée en France pour Noël. Mais ici les gens sont très religieux et vont presque tous à la messe de minuit. Le repas de Noël et l’échange des cadeaux se fait quand on en sort. Le jour de l’An quant à lui coïncide avec la fête nationale qui célèbre l’indépendance d’Haïti. Ce jour-là on mange de la soupe joumou (une sorte de courge), ce légume qui était l’exclusivité des colons et symbolise maintenant l’accession à la liberté.

Qu’est ce qu’il faut absolument se procurer niveau artisanat local ?

L’artisanat est très très riche. Objets et panneaux en métal découpé, papier mâché, sculptures en bois ou en pierre, bijoux en corne, broderies en perles et paillettes (d’inspiration vaudou ou non), on n’a que l’embarras du choix. Il y a une foire à l’artisanat chaque année en octobre à Port-au-Prince, et ensuite chaque ville a sa spécialité.

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Monsieur Dider Civil à l’oeuvre.

(Un article sympa sur l’art du papier mâché) (prochaine lubie ?)

 

Est ce que tu connais un endroit chouette où écouter de la musique ?

Une institution musicale, c’est les concerts du jeudi soir du groupe RAM à l’hôtel Ollofson (un très bel hôtel de style « pain d’épice », qui a servi d’inspiration à l’hôtel du roman de Graham Greene « Les comédiens »). Ils jouent du « rock vaudou », ça ne peut pas se décrire ! Le festival international de jazz, qui se tient en janvier et vient juste de se terminer, a brassé des artistes de tous les pays et était vraiment de grande qualité. Et puis la semaine prochaine c’est le début du Carnaval, alors là on ne manquera pas de musique.

Hotel olofson
L’hôtel oloffson. Le lieu a une histoire intéressante, je vous conseille de chercher plus loin !

Petite question pratique. On se déplace comment ? Pour prendre la voiture il faut être un peu fou ?

Les transports ici c’est toute une histoire…  En ville, il y a peu de grands axes, et beaucoup de véhicules. Les embouteillages sont monstrueux et constants. Il faut un temps fou pour parcourir de toutes petites distances. Ceux qui en ont les moyens ont de gros 4×4 et des chauffeurs. La plupart des véhicules sont des « tap-tap », bus ou camionnettes très colorés dans lesquels s’entassent les gens pour leurs déplacements. Ils tombent souvent en panne et bloquent les rues.

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Tap-tap. Vu la taille de l’engin, ça ne m’étonne pas qu’il bloque la circulation.

Au milieu se faufilent dans tous les sens des motos et motos-taxis. Aucune règle de circulation n’est respectée. Oui, ça fait peur…

En dehors des villes, les routes sont en très mauvais état. Il faut 8 heures pour aller de Port-au-Prince à Cap Haïtien au nord (250 km).

Combien ça coûte de vivre en Haïti ? On raconte que les logements corrects sont très chers ?

La vie des expatriés est chère: logement, nourriture, sorties. Beaucoup de produits sont importés (c’est une île après tout). Bien que la monnaie locale soit la gourde, la plupart des prix dans les quartiers huppés sont en dollars.  On peut trouver de tout ici, du fromage français, du saké japonais, des produits américains, libanais, chinois, espagnols… Mais certains supermarchés sont entourés de murs surmontés de barbelés avec des gardes armés dans des miradors ! C’est hallucinant ! On peut si on choisit bien sûr vivre plus simplement. Mais les riches Haïtiens sont les premiers à venir faire leurs courses et habiter dans ces quartiers-là, certains depuis des générations.

Tu as prévu des excursions dans les mois qui viennent ?

Oui, je dois aller à Jacmel, sur la côte sud du pays (plages, artisanat de papier mâché…). Et à Cap Haïtien, au Nord pour visiter la Citadelle, un monument impressionnant, (classé au patrimoine mondial de l’Unesco), construit par le roi Christophe après l’indépendance d’Haïti pour se défendre d’un éventuel retour des colons français.

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Citadelle.

Une dernière chose que tu aimerais ajouter ?

Oui, j’aimerais parler de l’art haïtien, une vraie découverte pour moi. Comme pour la littérature, c’est d’une richesse inouïe. On a surtout en tête un certain art naïf très coloré, et c’est vrai qu’il y a eu, qu’il y a encore des tas d’artistes autodidactes, certains regroupés dans des écoles ou certaines régions. Mais on trouve aussi des oeuvres plus abstraites d’une grande modernité. Et aujourd’hui des sculpteurs utilisant des matériaux recyclés. Port au Prince regorge de galeries d’art.
Et l’art haïtien est très connu à l’étranger (les surréalistes l’ont reconnu dès les années 40, Malraux aussi). La plupart des grands musées étrangers ont des oeuvres haïtiennes dans leurs collections permanentes. Il y a eu une très belle expo au Grand Palais à Paris fin 2014, une rétrospective de l’artiste Hervé Télémaque au printemps 2015 au centre Pompidou.

(Ndlr : Voici un millionième de l’art Haïtien)

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Jean Michel Basquiat.

Et enfin il faut connaître un minimum de l’histoire d’Haïti avant d’y venir. Savoir que c’est le premier pays à s’être libéré de ses colons et à proclamer son indépendance dès 1804. Que Toussaint Louverture, le « père fondateur » de la nation, est mort en France dans une prison du Jura. Les terribles années Duvalier, père et fils, durant lesquelles tant d’Haïtiens sont morts, et tant se sont exilés. Les 20 ans d’occupation américaine, de 1915 à 1934. Les années Aristide. La complexité de l’histoire aide (un peu…) à comprendre la complexité de la politique actuelle, même si elle n’explique pas tout.

 

 

 

 

2 commentaires sur « Haïti / Port-au-Prince »

  1. J’avais assez peur d’un énième article sur Haiti, mais j’ai aimé celui-ci. Pour y avoir vécu quelques mois, je (me) reconnais (dans) beaucoup de choses. Je reconnais aussi ce que peux raconter D, et je trouve essentiel qu’elle appuie sur certains points et merci pour cela, parce qu’Haiti est tellement plus que ce que les médias veulent en laisser paraitre. Haiti était appelée la perle des Antilles, le touriste y était roi dans les années 50 sous les années Duvalier alors que sa population souffrait de cette dictature, c’est la première république noire. La littérature haïtienne est très connue, et brillante. J’aime que cet article mette l’accent dessus tout comme sur l’art haïtien. Dany Lafferière et son roman Tout bouge autour de moi est magistral, et je citerais aussi Makenzy Orcel comme auteur. Cependant, le problème avec Haiti, c’est que tout le monde parle du tremblement de terre et de la mauvaise gestion des dons soit par la communauté internationale soit par l’Etat haïtien et ici comme dans beaucoup d’autres articles, il manque le juste milieu. Tout n’est pas « de la faute » de l’Etat haïtien et tout n’est pas de la faute de la communauté internationale mais il y a bien faute partagée, et la question est tellement complexe. Cet article appuie aussi sur l’histoire difficile du pays et c’est tellement important, ce qui se passe en Haiti est loin de n’être lié qu’au tremblement de terre. Mon seul bémol serait certaines des questions que j’ai trouvé à la limite du cliché. Quant à s’engager avec une association, le développement international est un métier et le volontourisme, à éviter. J’y ai fais un article sur mon blog si jamais. En tout cas, merci pour cet article et cet interview ! Je m’en vais lire les autres interviews ! 😉

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    1. Merci pour elle ! Je trouve aussi qu’elle donne une assez bonne image d’Haïti. Comme elle l’explique bien, on ne parle d’un pays que lorsque il va mal, alors qu’il y a souvent bien plus à dire.

      Je suis plutôt contre le volontourisme, à commencer parce que c’est souvent peuplé d’adolescents poussés par leurs parents à faire un acte de charité financé à coups deux ou trois milliers d’euros. Un peu absurde quand on y pense.
      Quand je parlais de s’engager auprès d’une association, je pensais plus à l’aspect financier pour le coup.

      A propos des questions, j’ai pour l’instant fait le choix de justement y intégrer de gros clichés pour que mes interlocuteurs puissent les démentir (ou pas, j’ai eu quelque surprises d’ailleurs !). Je teste encore plusieurs façon de m’exprimer, il est assez difficile de savoir comment mes paroles vont être interprétées, des fois c’est un échec complet, des fois ça fonctionne.

      Ca doit sûrement être pour ça qu’il y a des écoles de journalisme 🙂

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